Un enfant a un chien pour compagnon : quels sont les risques ?

Comment réduire le risque d’accident, tout en gardant les avantages de compagnonnage, de jeu, de valorisation et confidence qu’apporte le chien dans la vie de l’enfant ?

Sur les quelque 50.000 morsures annuelles recensées de chiens sur humains en Belgique, on peut estimer que 80% des victimes sont des enfants de moins de 15 ans, dont 10% sont présentés aux services d’urgence. Près de 65% des enfants sont mordus à la maison, par un chien qui leur est familier. C’est sans compter les accidents par bousculades.

 

Chien ibs

© Joël_Dehasse



Sélectionner un chien de famille

Comme la génétique a une influence énorme sur la personnalité et les comportements, il est préférable d’adopter un chien sélectionné comme chien de famille, plutôt qu’un chien de lignée de travail, comme les chiens d’intervention, de garde ou défense. Et lors de l’acquisition d’un chiot, sélectionner un chiot dont les parents sont non-agressifs.

 

Choisir une chienne
Les chiens mâles mordent 3 fois plus que les femelles. Pour la cohabitation avec les enfants, il est préférable d’adopter une chienne plutôt qu’un chien mâle. En outre, la stérilisation du chien a tendance à augmenter les agressions sur les membres de la famille, et particulièrement sur les enfants.

 

Imprégner le chien aux enfants
Même si le chien a une prédisposition à ne pas avoir peur des humains, il faut améliorer ses compétences sociales en l’imprégnant positivement aux humains, et particulièrement aux enfants, avant l’âge de 3 mois. De la naissance à l’âge de 3 mois, le chiot vit une phase d’apprentissage accéléré, qui lui permet de mettre en place toutes les références de son système de vie, et les enfants doivent en faire partie. Après l’âge de 3 mois, les apprentissages sociaux sont plus difficiles et plus lents et parfois impossibles.
Il est donc recommandé que les chiots soient imprégnés aux enfants de diverses catégories d’âge dès la naissance, au moins 3 fois par semaine pendant ces trois premiers mois critiques, et que par la suite cette imprégnation soit entretenue par des contacts positifs fréquents.

 

Respecter le chien
Le chien est un membre de la famille à part entière, avec une tendance à être pris pour une peluche vivante. Les enfants discutent, câlinent et alternativement se disputent avec leurs frères et sœurs et leur chien. Les enfants en manque d’attention et de câlins iront imposer au chien leurs demandes insatisfaites, malgré les demandes du chien à avoir la paix.
70% des morsures sont liées à une interaction de l’enfant avec le chien, initiée par l’enfant et non désirée par le chien. Il faut apprendre aux enfants à respecter autrui, à ne pas déranger les chiens, à rester à distance lorsque le chien détourne les yeux ou la tête, et/ou baisse les oreilles, parce que c’est sa façon de demander un arrêt du contact.

 

Satisfaire les besoins du chien
Il faut que les chiens aient satisfaction de tous leurs besoins d’activité, 5 heures par jour en moyenne, surtout en promenades et mastication, pour ne pas être frustrés, devenir irritables et réactifs au contact.

 

Présence d’un adulte
100% des enfants mordus à la maison et 94% de ceux qui le sont sur la voie publique, étaient seuls avec le chien, sans surveillance d’un adulte. La présence d’un adulte, même passif, mais de préférence vigilant, réduit considérablement le risque d’accident.

 

Consulter son vétérinaire comportementaliste
On estime que 15% des chiens font des morsures multiples, ce qui est prédictif de récidives. De nombreuses agressions sont liées à des problèmes de santé physique (douleur, troubles ostéoarticulaires, hormonaux ou neurologiques) ou des maladies psychologiques (hyperactivité, anxiété…), qui peuvent être soignés. Or le vétérinaire n’est consulté que dans moins de 30% des cas de morsures, ce qui est bien insuffisant pour traiter et réduire le risque de récidives.

Le chien est un membre de la famille à part entière. L’enfant le traite comme un égal. Mais le chien reste un chien, parle chien et s’adapte plus ou moins bien à la vie à laquelle on le contraint de vivre dans un environnement d’humains. Le chien a ses émotions, ses humeurs, ses coups de gueule et ses intolérances, dont l’enfant est le premier à pâtir. Les accidents sont fréquents, rarement graves, et totalement évitables.

 

Joël DEHASSE
Docteur vétérinaire comportementaliste

Source: secunews.be ©