Signaler ou non la criminalité qui mine la vie de mon quartier ?  

Plantations de cannabis, labos de XTC, trafic de drogues dures, prostitution illégale… autant d’activités criminelles qui préjudicient la qualité de vie des quartiers et des citoyens. Souvent, les habitants des quartiers concernés côtoient cette criminalité qui démoralise et sape leur vie quotidienne. Mais sont-ils prêts à la signaler ?

 

 

POLICE IBS

© IMPACT 360



Le concept de l’enquête 

La Task-Force de Brabant-Zélande aux Pays-Bas a chargé deux bureaux d’études néerlandais Bureau Broekhuizen et Verwey-Jonker Instituut d’enquêter sur la disposition des citoyens à signaler certaines formes du soi-disant « Hidden impact crime » (les conséquences invisibles de la criminalité). Le but : mieux comprendre les raisons pour lesquelles des citoyens sont prêts ou non, à dénoncer à la police la criminalité qui mine et déstabilise la vie collective de leur quartier (ondermijnende criminaliteit). Les données recueillies devraient permettre de mettre en place des stratégies susceptibles d’augmenter la volonté collective de signaler ces problèmes.

La recherche a été effectuée en 2018 dans trois quartiers, à Eindhoven, Middelburg et Tilbourg, chaque fois auprès d’un type de public différent.

Les enquêteurs ont demandé aux habitants de ces quartiers de remplir un questionnaire anonyme sur un iPad ; quelque 693 personnes l’ont complété.

Les chercheurs ont aussi analysé le contexte du quartier. Ils ont étudié la composition (âge, salaire, ethnicité,…), la cohésion sociale, la viabilité, l’image générale de la criminalité et les us et coutumes.

Une première partie du questionnaire était destinée à évaluer, d’une manière générale, la présence d’une criminalité nuisible dans le quartier : les magasins qui existent depuis longtemps mais n’ont pas de clientèle, les allocataires qui mènent grand train… Des questions étaient ensuite posées aux citoyens à propos de leur connaissance effective d’activités criminelles telles que des plantations de cannabis, labos de drogues, prostitution illégale…

La seconde partie du questionnaire abordait la disposition des habitants à signaler ces problèmes. Avaient-ils en effet déjà remarqué des signes de criminalité et les avaient-ils signalés ? Et s’ils n’avaient pas encore observé des signes concrets, étaient-ils enclins à les signaler aux autorités ?

 

Les résultats de la recherche

Être disposé à signaler les faits : la réalité et l’intention

Le sondage à propos des comportements des habitants montre que la majorité des personnes n’avaient jamais rapporté les éléments tangibles qu’ils avaient effectivement remarqués. La volonté effective de signalement variait entre 30% pour la vente des drogues dures jusqu’à 42% pour le signalement de la prostitution illégale.

La volonté intentionnelle de signalement (dans une situation fictive) des habitants, est quant à elle, un peu plus grande. Si l’on tient compte des différentes formes de criminalité, presque la moitié des sondés déclarent vouloir signaler le délit : d’abord à la police, mais par exemple aussi auprès du centre d’appel Meld Misdaad Anoniem.

L’étude démontre donc que les personnes interrogées surestiment leur intention de signaler les problèmes par rapport à leur comportement effectif. En réalité, ils signalent moins fréquemment qu’ils n’en ont l’intention.

 

Signaler les faits : les facteurs qui entrent en jeu

Pour ce qui concerne les raisons qui poussent à signaler ou non les délits, on ne remarque qu’une légère différence en fonction des quartiers, du type des personnes interrogées ainsi que du genre de délit.

Par contre, l’enquête dans son entièreté démontre que les facteurs suivants jouent un rôle significatif dans la volonté de signalement du citoyen :

 

- Les hésitations à propos de ce qui est observé Est-ce que j’ai bien vu/entendu ce qui s’est passé ? Est-ce que le signal est assez « sûr » ? et la crainte d’accuser quelqu’un à tort.

- La gravité de la situation ou dans quelle mesure on est conscient que les faits observés sont graves ou pas.

- Dans quelle mesure les personnes ont l’impression que le signalement va vraiment servir à quelque chose.

- Le degré de confiance dans l’anonymat du signalement et le fait de savoir auprès de qui on peut se confier.

 

Il y a également quelques traits de personnalité qui influent sur la volonté de signalement. Plus on est jeune et plus les revenus sont élevés, au plus grande l’intention de signaler des problèmes.

 

Des différences entre quartiers

L’enquête montre en outre que les résultats diffèrent assez bien en fonction des quartiers, notamment lorsqu’il s’agit de percevoir la criminalité dérangeante et quant aux raisons avancées pour signaler ou non les faits. Des différences entre quartiers existent aussi en fonction de la confiance dans la police locale ou dans la commune.

Ce qui signifie qu’il faut développer une stratégie locale en fonction de chaque quartier/secteur si l’on veut améliorer la volonté de signalement.

 

Connaître les possibilités de signalement

La majorité des personnes interrogées savent comment et où signaler des faits criminels. Le fait de pouvoir les dénoncer anonymement est connu par 85% d’entre elles.

Les préférences des personnes interrogées sont claires : 77% veulent signaler les faits à la police. Meld Misdaad Anoniem vient en second avec 15% et enfin 1,7% des sondés s’adresseraient à la commune.

 

Conclusion

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, tous les habitants ne dénoncent pas a priori les faits criminels qui perturbent la vie de leur quartier. Lorsqu’on cherche à améliorer cette volonté de signalement, il faut tenir compte de la moyenne d’âge des résidents, des revenus, du type de quartier dans lequel on se trouve… Une stratégie locale adaptée au quartier et au groupe cible s’impose par conséquent.

Via cette enquête, les autorités disposent également d’autres pistes pour encourager les citoyens à signaler davantage les problèmes de criminalité qu’ils côtoient.

Vu que les hésitations à propos des faits observés constituent un facteur inhibiteur, la communication des services concernés peut souligner qu’il n’est pas nécessaire d’être certain à 100% de ce qu’on signale car la police mènera tout d’abord une enquête concernant les faits dénoncés avant d’intervenir.

Sensibiliser les citoyens au sujet de la gravité et des conséquences de cette criminalité préjudiciable au plan local, peut aussi les aider à passer le cap.

Enfin, il s’avère certainement opportun de parler des succès obtenus grâce aux signalements des citoyens. Ce qui coupera l’herbe sous le pied de ceux qui affirment que « signaler ne sert de toutes façons à rien ».

 

Annemie DE BOYE

Master in de criminologie
Coordinatrice du Projet ARIEC Limburg
Arrondissementeel Informatie- en Expertise Centrum

Source: secunews.be ©

 

A propos

IBS existe depuis plus de 30 ans. La société fut fondée dans le souci d'apporter à ses clients une sécurité optimale.

Avec de nombreux collaborateurs et installations à travers tout le territoire national, IBS est un des principaux acteurs sur le marché belge en matière de sécurité.

N° d’entreprise : BE 0426.405.367
N° du ministère de l’intérieur : 20046630
N° agréation incert : A-0024b

Contact

Avenue Mercator 1

1300 Wavre

Téléphone: 0800 20 199

Email: info@ibs-security.be